ANTONIO. - Ma foi, je ne sais pas pourquoi j'ai cette tristesse. Elle m'obsède ; vous dites qu'elle vous obsède aussi ! Mais comment je l'ai gagnée, trouvée ou rencontrée, de quelle étoffe elle est faite, d'où elle est née, je suis encore à l'apprendre. Elle me rend si stupide que j'ai grand-peine à me reconnaître.
SALARINO. - Votre pensée roule sur l'Océan, partout où vos galions à la voile majestueuse, seigneurs et riches bourgeois des flots, ou, si vous voulez, décors mouvants de la mer, planent sur les petits navires marchands qui leur font courtoisement la révérence, alors qu'ils volent près d'eux avec leurs ailes de toile.

Extrait du marchand de Venise.

Le marchand de Venise. Beaucoup de bruit pour rien. 
Comme il vous plaira.
Editions GF-Flammarion, 308 pages.

Les trois pièces de théâtre de ce livre sont des comédies, en cinq actes chacune.

Le marchand de Venise


Titre original : The merchant of Venice

Bassanio, un des personnages de la pièce, veut éblouir la femme de sa vie, Portia et obtenir sa main. Mais pour cela, il doit emprunter de l'argent à son ami Antonio, un riche marchand de Venise. Comme tous les bateaux d'Antonio sont en mer, il est contraint d'emprunter de l'argent à Shylock, un usurier juif. En attendant le retour de ses biens, Antonio signe un contrat avec Shylock : s'il ne rembourse pas l'usurier à une date et une heure précise, Shylock pourra lui prélever une livre de chair. En effet, ce dernier ne supporte pas les chrétiens et encore moins Antonio qu'il accuse de prêter de l'argent sans intérêt.

Pendant que Bassanio fait la cour à Portia, tous les navires d'Antonio sombrent en mer les uns après les autres. Shylock insiste donc pour mener à terme le contrat qu'il a passé avec le marchand, d'autant plus que sa fille, Jessica s'est enfuie avec un chrétien, autre ami d'Antonio et avec une grande partie de ses richesses.

Sans raconter la fin, cette histoire est pleine de préjugés, notamment dans la vision des juifs usuriers et étroits d'esprit et dans celle des bons chrétiens voulant simplement faire le bien autour d'eux.
La fin est prévisible, sauf quant au devenir de Shylock. A part cet aspect, la pièce est très bien écrite mais assez dure à suivre. On ne voit pas trop à quoi correspondent certaines métaphores, mais il est vrai que je n'ai pas l'habitude de lire ce genre de textes.

Beaucoup de bruit pour rien


Titre original : Much Ado About Nothing

C'est la pièce de théâtre que j'ai préférée. Elle se déroule au milieu de la jeunesse noble de Messine (Italie actuelle). J'ai appris par la suite qu'il en avait été tiré un film.

Le prince d'Aragon, Don Pedro, revient victorieux d'une guerre et se présente à son ami Léonato, gouverneur de Messine, avec ses compagnons. Claudio, ami de Don Pedro, tombe immédiatement amoureux de la fille de Léonato, Hero. Bénédict, autre ami de Don Pedro, échange des piques cinglantes avec une ancienne connaissance, Béatrice qui est également l'amie de Hero. Le mariage de Claudio et de Hero s'organise rapidement et tous les amis de Bénédict et Béatrice complotent pour que les deux tombent amoureux.

Tout irait bien si le frère de Don Pedro, Don Juan, n'était pas jaloux de son frère et de ses amis. Il en vient donc à saboter le mariage de Hero et Claudio pour discréditer son frère : il fait croire au futur mari que sa femme le trompe. Claudio accuse donc Hero publiquement devant l'autel : la jeune fille s'évanouit. Le prêtre, qui soupçonne un quiproquo, suggère à la famille de Hero de faire croire que la jeune fille est morte, le temps de trouver le responsable et de rétablir son honneur.

Béatrice, qui ne sait rien de l'histoire, est folle de rage que son amie soit morte et demande à Bénédict de tuer Claudio pour venger Hero...

Cette histoire est très plaisante à lire : les moqueries incessantes entre Bénédict et Béatrice sont très drôles et les gardes du gouverneur de Messine sont des imbéciles. Je me suis beaucoup amusée en lisant cette histoire.

Comme il vous plaira


Titre original : As you like it

La dernière pièce du livre – et celle que j'ai eu le plus de mal à finir – parle de trahison entre frères, d'amour forcément et de rédemption finale.

Orlando, un des fils de sire Roland des Bois, se fait exploité par son frère aîné, Olivier, qui a hérité du pouvoir et des richesses de leur père. Il décide de s'enfuir du domaine de son frère et de participer à un combat de lutte. Avant le combat, dont il sortira vainqueur, il rencontre Rosalinde, la nièce du duc Frédéric. Le duc a chassé son frère aîné du royaume afin de prendre sa place. Le vieux duc s'est donc exilé dans la forêt d'Ardennes avec des amis fidèles. Le duc Frédéric a choisi de garder sa nièce à la cour, pour tenir compagnie à sa fille Célia (elles ont été élevées ensemble).

Mais à la suite de ce combat, le duc devient fou furieux et chasse Orlando (le sire Roland des Bois étant un ami du vieux duc) et ordonne également à Rosalinde de déguerpir. Célia décide de s'enfuir avec Rosalinde, accompagnées de Pierre de Touche, le clown du duc. Pour passer inaperçues, Rosalinde se déguise en berger et Celia se fait passer pour sa soeur. Ces déguisements donnent lieu à plusieurs quiproquos amoureux, notamment quand les jeunes filles rencontrent Orlando.

Les deux premiers actes sont intéressants car on y suit l'histoire de ces personnages. Mais par la suite, il s'agit surtout de joutes verbales et amoureuses, qui sont assez longues et un peu ennuyeuses.

En bref...

Il était temps que j'arrive à la fin de ces trois pièces. Le style d'écriture est assez particulier (les histoires datent du 17e siècle) et il faut s'accrocher pour tout comprendre. Malgré tout j'ai pris du plaisir à lire « Beaucoup de bruit pour rien », essentiellement grâce aux piques que s'envoient Béatrice et Bénédict.