Mon nom est Soledad. Je suis née, dans ce pays où les corps sèchent, avec des bras morts incapables d'enlacer et de grandes mains inutiles. Ma mère a avalé tant de sable, avant de trouver un mur derrière lequel accoucher, qu'il m'est passé dans le sang. Ma peau masque un long sablier impuissant à se tarir. Nue sous le soleil peut-être verrait-on par transparence l'écoulement sableux qui me traverse. LA TRAVERSEE. Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au désert.

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Folio, 440 pages.

Entre le conte et roman, l'histoire de la famille Carasco nous emmène dans l'Espagne du Sud vers la fin du XIXe. Frasquita la mère, plus magicienne que couturière et ses enfants tous aussi particuliers les uns que les autres et dotés chacun d'un don. C'est un très beau livre, entre le jugement archaïque des vieux villages du siècle dernier et le conte fantastique.

On se ballade de ville en ville, à travers les pays, avec une histoire sur plusieurs décennies. Admirablement racontée par Soledad, l'une des filles Carasco, elle dévoile son histoire, et donc celui étroitement lié au sien : sa famille et nous emmène dans le chemin de croix de cette mère pour sauver ses enfants.

C'est une belle histoire, qui nous replonge dans les enfances d'autrefois, où les contes de Grimm ne dissimulaient pas les horreurs : une histoire qui fait peur, qui fait chaud au cœur avec sa dose d'inexplicable, de magie et de tristesse. Un très beau conte.